SOUVENIRS
C'est un très vrai petit théâtre
Qui défile devant mes yeux,
Quand dans mes souvenirs bleuâtres,
J'évoque en vain ces jours heureux.
Ceux tout empreints de ma jeunesse,
Sans phono et sans cinéma,
Quand on vivait dans la tendresse
D'un calme bienfaisant et plat.
Notre jeu était la marelle,
Les barres notre plus grand sport,
La toupie avec sa ficelle,
Couronnait bien tous nos efforts.
Nos excursions à la Chapelle,
Elançant ses cinq clochetons ;
Je les revois, je m'en rappelle,
Dominant nos riants vallons.
Et dans le charme pittoresque,
Que nous trouvions assez banal,
Je grandissais avec la fresque
De mes chers arbres du canal.
J'entends encor, douce clarine,
Le son résonnant comme un cor,
De la sirène de l'usine,
Au travail appelant l'effort.
Le tissage et la filature
Ronronnaient du matin au soir,
Ignorant que l'ère future
Leur ferait perdre tout espoir.
Et qu'un jour l'active Houillère,
Emplissant tout de sa rumeur,
Verrait dans son heure dernière
La perte du dernier mineur.
Le petit train, avec ses bennes,
D'un bout à l'autre du vallon,
Nous envoyait comme une étrenne
Le miracle de son charbon.
Le petit tramway sur la route,
Poussif et tintinnabulant,
Comme un vieux coursier en déroute,
S'en allait tout bringuebalant.
Mais on a perdu cette image
De ce passé riant et fort ;
Les temps nouveaux, dans un ravage,
Ont détruit ce lointain décor.
Et je reste dans ma tristesse,
Pleurant un peu les jours d'antan,
Les jours passés de ma jeunesse,
Comme un très vieux petit enfant.
René Bégeot
Nota: je suppose que le poète évoque RONCHAMP : houillère, tissage,...les cinq clochetons ...tout cela disparu depuis...
Illustration: photographie d'une ancienne carte postale de la Chapelle AVANT 1945
Aujourd'hui il reste le Musée de la Mine (à visiter) et
la chapelle actuelle de LE CORBUSIER - ce sera pour un autre jour!
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