Livre : La ferme du poirier Grillot
auteur : Yvonne Jannin, roman bressan
éditions : LA BONNE PRESSE (1946)
PAYSAN
"Peut-on blâmer "cette race enragée à l'épargne", dure à elle-même, avare afin d'être plus large avec ses descendants ? Méthode qui a fait ses preuves, qui a empli les bas de laine et contribué à la richesse nationale, au patrimoine commun…. Et cependant, méthode périmée en un temps où l'économie patiente ne suffit plus à satisfaire d'autres conditions de vie ni les exigences d'une jeunesse impatiente de jouir."
….
"Même aujourd'hui, si on lui apprenait à saisir le devoir à bras-le-corps pour mener avec lui, allégrement, le combat da la vie ! Si on savait l'entraîner dans le désir du mieux faire, la persuader que tous les demains ne seront pas l'exacte répétition de tous les hiers, mais que, au contraire, "chaque jour donne une chance d'améliorer, de faire bon usage de tout ce qu nous avons appris pendant tous les hiers".
…
"-Alors, tu prends ton parti comme ça, toute de suite, d'avoir un gendre de la ville, bon à rien pour nous…Et nos terres donc ?
- Nos terres ?.... On les travaillera jusqu'à temps qu'on puisse plus…
-Et après nous ?
- Oh ? après nous….Elles se passeront bien de nous nos terres, va !....
"Nos terres." Oh ! leurs terres…Leurs terres dont pas une parcelle qui ne fût labourée, ensemencée par Vittaut, précédemment par le père de Vittaut et son aïeul déjà…Dont pas une motte qui ne fût foulée, binée, sarclée par elle ou ses filles… Ces terres pour lesquelles on sacrifiait tout, repos, soins du ménage, soins de soi-même ; pour lesquelles on bravait tout, chaleur, vent aigre, orage, froidure et boue. Ces terres qu'au temps de leur jeunesse, elle et Vittaut arrondissaient avec tant d'âpre joie d'une parcelle ici, d'un arpent là, à coups de travail, de misère, d'acharnement.
On les laissera….ces terres ?
A qui ? A des étrangers ! Ils ont mis vingt-cinq ans à les grouper, le notaire mettra vingt minutes à les disperser, en moins de temps que ne brûleront ses trois petites bougies fatales. Ou bien cette propriété, ce domaine sera divisé par ces marchands juifs dont Vittaut parlait ce matin, et avec cet argent leurs filles achèteront quoi ?"
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