Entre, cher Mars !
Combien je suis contente !
Je t'attendais.
Pose donc ton chapeau,
-Tu as du tant marcher-
Tu es à bout de souffle !
Cher Mars ; comment vas-tu ?
Et tout le reste ?
Tu as quitté la nature en bonne santé ?
Oh ! Mars, montons vite à l'étage,
J'ai tant de choses à te dire.
J'ai bien reçu ta lettre, et celle de l'oiseau ;
Les érables n'ont jamais su
Que tu venais -leur visage a rougi,
Je te le jure !
Mais Mars, pardonne-moi-
Et toutes ces collines que tu m'as données
A peindre ;
Je n'avais pas la pourpre qu'il fallait,
Tu l'as prise toute avec toi.
Qui frappe ? O, cet Avril !
Ferme la porte !
Je ne veux pas qu'on me poursuive !
Absent toute l'année, voilà qu'il se présente
Quand je suis occupée.
Mais les vétilles se font si futiles
L'instant où tu parais, que le reproche
Devient aussi cher que l'éloge,
L'éloge aussi gratuit que le reproche. Emily DICKINSON |