Rivalité entre le cheval et l'automobile en 1908
(1ère partie)
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Ça et là, devant le mur d'un hôtel du XVIIIe siècle, une file de voitures est en station. Les équipages et les autos alternent. Une tendre vapeur s'élève des naseaux, tremble au-dessus des croupes. Des couvertures douillettes protègent les capots...
Deux cochers de maisons et un valet de pied entourent un chauffeur. Tous les quatre font des éclats de voix, des écartements de bras, des secouements de tête. Le sujet qu'ils débattent : «Avantages comparés du cheval et de l'auto», est repris chaque soir par des cochers en haut-de-forme et des chauffeurs dont la casquette de drap fin s'orne de ganses. Ce thème ne date que de quelques années.
En cette fin d'année 1908, les cochers raillent encore les pannes d'automobiles : les arrêts inopinés en pleine côte ; la réparation d'un pneumatique sous la pluie torrentielle ; l'homme couché sous le ventre de sa voiture et qui reçoit un filet de cambouis sur le nez. Mais le chauffeur répond qu'il a fait la veille encore ses cent cinquante kilomètres aux environs de Paris, sans crevaison, sans qu'une seule bougie s'encrasse. Il ajoute que les chevaux ont des coliques, attrapent des pleurésies, se tordent le pied, se couronnent ; et qu'à tout prendre, crevaison de pneu vaut mieux que crevaison de bête.
Sur le chapitre des accidents, la lutte reste indécise. Certes, ils sont graves en auto, plus graves que jamais, vu l'accroissement de la vitesse. Les chauffeurs le reconnaissent sans se faire prier (ils y prennent une auréole d'héroïsme). Mais ils soutiennent que pour le nombre de voitures qui maintenant circulent, les accidents sont rares, qu'ils sont moins dangereux pour l'automobiliste que pour les piétons qu'il renverse ou les voitures qu'il culbute (en ce cas l'assurance vous décharge de tout souci) et qu'au surplus, c'est affaire d'habileté. Une auto ne s'emballe pas toute seule, ne prend pas peur à cause d'un buisson ou d'un tas de cailloux.
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